Assurer le retour de la sentinelle du ciel!

Assurer le retour de la sentinelle du ciel!
Wednesday, July 1, 2026

Au crépuscule, ils apparaissent presque sans prévenir. De petites silhouettes sombres qui fendent le ciel à toute vitesse, virevoltant au-dessus des villages et des centres-villes dans une chorégraphie aérienne impressionnante. Le martinet ramoneur n’est peut-être pas l’oiseau le plus connu du Québec, mais il est sans doute l’un des plus fascinants!

Mais aujourd’hui, il est aussi l’un des plus menacés.

Longtemps abondant au Canada, le martinet ramoneur a subi un déclin spectaculaire de ses populations depuis les années 1970. La population canadienne aurait chuté d’environ 90 % en quelques décennies. La disparition progressive des sites de nidification constitue l’une des principales causes de ce recul inquiétant.

Un site de ponte très niché!

Cet oiseau insectivore aérien possède une particularité bien à lui : il dort, niche et élève ses petits dans des cavités verticales. Historiquement, il utilisait les grands arbres creux des forêts anciennes. Mais avec l’exploitation forestière et l’urbanisation, le martinet s’est progressivement adapté aux cheminées de maçonnerie des bâtiments humains (d’où il tire le « ramoneur » de son nom). Le problème, c’est que ces cheminées disparaissent à leur tour.

Partout au Québec, les rénovations, les nouvelles normes de chauffage et la fermeture des anciennes structures réduisent le nombre de refuges accessibles pour l’espèce. Une simple pose de grillage ou le ramonage d’une cheminée en pleine saison de reproduction peut suffire à condamner une nichée entière.

Mobilisation inspirante autour du martinet

Récemment, une cheminée artificielle construite à Magog a attiré l’attention médiatique et s’inscrit dans une nouvelle vague d’initiatives citoyennes pour protéger l’espèce. Ces structures reproduisent les conditions recherchées par les martinets : des conduits étroits, verticaux, sombres et sécuritaires où les oiseaux peuvent s’accrocher grâce à leurs griffes spécialisées. Mais derrière ces projets visibles se cache un travail scientifique de longue haleine mené notamment par le Zoo de Granby.

Depuis près de dix ans, l’institution zoologique développe une expertise reconnue dans la conservation du martinet ramoneur. Ses équipes participent à des suivis télémétriques, au baguage des oiseaux, à l’étude des comportements de reproduction ainsi qu’à la construction de cheminées artificielles adaptées aux besoins de l’espèce.

Le rôle du Zoo dépasse largement ses installations de Granby. L’organisation agit désormais comme un véritable centre d’expertise pour plusieurs partenaires souhaitant mettre sur pied leurs propres projets de conservation. Depuis 2017, ses spécialistes collaborent avec des municipalités, des propriétaires de bâtiments et divers organismes afin d’identifier, protéger et aménager des sites favorables au martinet.

Cette approche illustre un rôle important des zoos modernes. Longtemps perçus uniquement comme des lieux touristiques, les institutions accréditées sont aujourd’hui des acteurs de terrain dans la protection de la biodiversité locale. Le Zoo de Granby participe d’ailleurs à plus d’une trentaine de programmes de conservation et de recherche, tant au Québec qu’à l’international.

Rôle écologique vital

Dans le cas du martinet ramoneur, les efforts de conservation ont également une portée écologique beaucoup plus large qu’on pourrait le croire. Parce qu’il se nourrit presque exclusivement d’insectes capturés en vol, le martinet joue un rôle important dans l’équilibre des écosystèmes urbains et ruraux. Moustiques, mouches, fourmis ailées et autres insectes volants composent l’essentiel de son alimentation. Véritable acrobate du ciel, il peut passer presque toute sa journée en vol, ne s’arrêtant que pour se reposer ou nourrir ses petits.

Sa présence constitue aussi un indicateur précieux de la santé environnementale. Lorsque les populations de martinets diminuent, cela reflète souvent une combinaison de problèmes écologiques : raréfaction des insectes, perte d’habitats, artificialisation des milieux urbains et changements climatiques.

Crédit photo : Le Nichoir

Protéger le martinet ramoneur, c’est donc protéger bien davantage qu’une seule espèce. C’est préserver des bâtiments patrimoniaux adaptés à la faune, maintenir des corridors écologiques en ville et reconnaître l’importance des espèces discrètes qui soutiennent les équilibres naturels. C’est aussi rappeler que la conservation ne se joue pas uniquement dans les grandes forêts nordiques ou les parcs nationaux, mais parfois au cœur même de nos quartiers.

Et dans cette mission, chaque cheminée peut devenir un refuge.

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