Des micropuces pour mieux suivre les tortues molles à épines dans la nature
Depuis plus de 20 ans, le Zoo de Granby mène l’un de ses plus anciens programmes de conservation : celui consacré à la tortue molle à épines, une espèce menacée au Québec. Grâce notamment à l’incubation d’œufs récoltés dans le milieu naturel et à l’élevage des jeunes tortues jusqu’à un stade où leurs chances de survie sont accrues, plus de 3 000 petites tortues ont déjà été remises en liberté au fil des années.
Mais que deviennent-elles une fois retournées à la rivière? C’est précisément ce que les équipes du Zoo et leurs partenaires cherchent maintenant à mieux comprendre.


Une tortue… qui sait très bien se cacher!
Suivre une tortue molle à épines dans la nature représente tout un défi. Contrairement à plusieurs autres espèces de tortues, elle passe la grande majorité de son temps dans l’eau. Les jeunes, en particulier, s’enfouissent dans la vase ou le sable au fond de la rivière, où ils deviennent pratiquement impossibles à repérer visuellement.
Pour mieux documenter leur survie, leurs déplacements et leur utilisation de l’habitat après leur remise en liberté, les équipes ont donc recours à une technologie discrète, mais particulièrement efficace : les PIT tags, de petites micropuces contenant un numéro d’identification unique.

Une micropuce… et une antenne qui joue à cache-cache
La micropuce est implantée chez la jeune tortue avant sa remise en liberté. Elle ne contient aucune pile et peut donc demeurer fonctionnelle pendant toute la vie de l’animal.
Pour retrouver les tortues dans la rivière, une antenne RFID flottante est déplacée manuellement à la surface de l’eau. Lorsqu’elle passe à proximité d’une tortue marquée, l’antenne active la micropuce et en détecte le numéro d’identification, même si l’animal se trouve sous l’eau ou enfoui dans le substrat. Chaque détection est ensuite associée à une position GPS.
Au fil des suivis, les biologistes peuvent ainsi reconstituer une partie de l’histoire de chaque individu : où il se trouve, comment il utilise la rivière et, surtout, s’il a survécu après sa remise en liberté.
Cette méthode représente une avancée importante pour le programme. Les jeunes tortues sont particulièrement difficiles à suivre avec les méthodes traditionnelles. La télémétrie, par exemple, nécessite des émetteurs plus coûteux et suffisamment petits pour ne pas convenir aux très jeunes individus. Les PIT tags, eux, peuvent être implantés chez des tortues pesant à peine une quinzaine de grammes.
Une intervention vétérinaire adaptée aux petites tortues

Avant leur départ pour la nature, les jeunes tortues bénéficient d’une intervention réalisée par l’équipe vétérinaire du Zoo. Sous anesthésie, une petite incision permet d’insérer la micropuce dans la cavité cœlomique, où elle est soigneusement positionnée avant que l’incision soit refermée. Cette méthode a été développée après que les premières tentatives d’implantation sous la peau eurent montré que les jeunes tortues pouvaient rejeter les micropuces. La nouvelle approche vise donc à assurer une meilleure rétention à long terme.
Chaque tortue fait ensuite l’objet d’un suivi attentif : son site d’intervention est surveillé, elle est pesée et sa micropuce est vérifiée régulièrement avant sa remise en liberté.
Une fois le feu vert vétérinaire obtenu, elle peut retourner dans son milieu naturel.

Les premiers résultats sont prometteurs
En 2026, les résultats obtenus avec cette nouvelle approche sont encourageants. Les 16 tortues munies d’une micropuce ont toutes été détectées après leur remise à l’eau. Onze d’entre elles sont actuellement suivies dans le secteur de rivière ciblé par les équipes. Ces premières données permettent déjà de constater que la méthode fonctionne. Elles ouvrent surtout la porte à un suivi beaucoup plus long des tortues issues du programme de conservation du Zoo.
Pour les équipes, l’objectif est clair : ne pas seulement augmenter le nombre de jeunes tortues retournées dans la nature, mais aussi mieux comprendre ce qui leur arrive une fois qu’elles y sont.
Ces connaissances permettront d’évaluer la survie des juvéniles, leurs déplacements et leur utilisation de l’habitat, tout en mesurant plus précisément l’efficacité des efforts d’incubation et d’élevage réalisés au Zoo. Autrement dit, le travail ne s’arrête pas au moment où une petite tortue retrouve la rivière. Il se poursuit sur le terrain, parfois sous quelques centimètres de vase, à la recherche de signaux presque invisibles qui permettent de suivre son parcours.
Cette nouvelle étape illustre bien toute la complémentarité des expertises mobilisées autour du programme : biologistes, vétérinaires et équipes de soins animaliers travaillent ensemble pour donner aux jeunes tortues les meilleures chances possibles, puis pour recueillir les connaissances qui permettront d’améliorer encore les actions de conservation de l’espèce.
Le projet est rendu possible grâce au soutien financier de Mission Faune Zoo de Granby, de la Fondation pour la biodiversité et la faune du Québec et de Conservation de la nature Canada, ainsi qu’à la collaboration du MELCCFP, par l’entremise du Groupe de mise en œuvre pour le rétablissement de la tortue molle à épines (GMO TME) de l’Équipe de rétablissement des tortues du Québec (ERTQ).


